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Eddy Fougier - Indignés, démondialisation, altermondialisme : le grand retour de la contestation de la mondialisation ?

 

Quel est le sens du mouvement des indignés ? C'est autour de cette question que le Lem a auditionné Eddy Fougier, politologue, chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), spécialiste des mouvements de contestation de la mondialisation. Le premier constat dressé par ce dernier est que la crise profonde du système donne une visibilité et une ampleur nouvelle au discours anti-libéral – qui tend à se muer de plus en plus en un discours directement anti-capitaliste. Eddy Fougier identifie trois courants distincts : la démondialisation, l'altermondialisme et le mouvement des indignés. Il souligne la parenté de ces deux derniers mouvements, notamment sur les modes opératoires : occupations de lieux symboliques, villages alternatifs, refus d'avoir un leader ou un porte-parole, auto organisation... Un autre point de comparaison est le rapport au politique. On note une grande défiance – par ailleurs d'intensité variable selon les pays – envers les partis politiques, assortie d'une volonté affichée d'insuffler des idées alternatives dans le débat politique et dans la société toute entière. Dès lors, se pose la question du débouché de ces mouvements alternatifs, accompagnée d'une interrogation sur la nature même du mouvement des indignés : est-ce un simple sursaut sans lendemain ou l'avant-garde d'une révolution citoyenne ? Le symptôme d'une crise de la politique, de l'absence de perspective ou de la recherche de constructions nouvelles ? La discussion qui a suivi l'exposé d'Eddy Fougier a révélé les préoccupations des participant-e-s au débat., permettant tout à la fois de mesurer l'impérieuse nécessité d'ouvrir une perspective à gauche et les obstacles dressés sur le chemin pour y parvenir. Ces mouvements se situent dans une logique de contre-pouvoir, privilégiant l'élaboration d'espaces de débat d'idées ouverts (le Forum Social Mondial), avec une autonomie des différents acteurs et l'idée de ne pas être des lieux de décision. Sur le fond, le positionnement est comparable à celui des think tanks : il s'agit d'influer sur la société et donc sur le pouvoir en créant une dynamique, une contre hégémonie culturelle et idéologique sans pour autant s'investir directement dans le combat électoral. Il importe ici de souligner que les dominants, les conservateurs et les libéraux n'hésitent pas, eux, à coordonner production d'idées et mise en oeuvre concrète de ses idées aux niveaux des pouvoirs économiques et politiques. Nous sommes face à une situation d'urgence politique : une social-démocratie incapable de se remettre en cause et acceptant de fait le modèle libéral et le pouvoir des marchés financiers et, du côté de celles et ceux qui veulent changer de système, une absence d'alternative politique et économique suffisamment crédible. Dès lors, l'enjeu fondamental est clair : il est urgent que syndicats, partis, intellectuels, altermondialistes, indignés et autres groupes de contestation et de réflexion se montrent capables de travailler ensemble pour apporter une réponse politique solide et assumée à la crise sociale, économique et démocratique. Est-il possible de jeter des passerelles entre ces différents acteurs ? Et, au-delà, de solliciter les citoyens en général ? Comment pouvons-nous passer de ces lieux de dialogue et de confrontation à des lieux de construction politique ? Autant de questions dont les réponses sont les clefs d'une véritable réappropriation par le peuple de la sphère politique, et donc, de la question du pouvoir et de l'alternative.

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