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Gabriel Colletis et Maryse Salles - Une méthode pour construire les objets d'une alternative politique

Tous les jours, que ce soit au travail, à l'école, dans la rue, nous sommes confrontés à des normes. Ces normes (lois, règlements, nomenclatures, standards) règlent notre vie quotidienne. Il n'existe pas de norme « naturelle » ou « technique » ; toutes, elles sont l'expression d'un choix. En tant que militants politiques, associatifs ou syndicaux, nous connaissons bien ces normes pour les avoir à de maintes reprises combattues. Nous avons été et sommes capables de pointer les logiques qui sous-tendent une nouvelle loi ou un nouvel objectif chiffré dans une entreprise. Ce que nos invités nous ont présenté, c'est une méthodologie permettant d'analyser ce chaînage qui traduit en normes concrètes ce que nous appelons l'idéologie dominante. Ce travail d'analyse est indispensable et doit être systématisé, car l'efficacité de nos combats dépend largement de notre capacité à sortir d'une simple confrontation précise et circonscrite contre telle ou telle norme ; pour réellement s'attaquer à ce que Maryse Salles appelle les principes desquels ces normes découlent. Autrement dit, concentrer nos forces sur un combat (qui sera d'autant plus fructueux que partagé) contre les grandes logiques régressives. Par exemple, nous devons expliquer que le budget de l'Etat est un instrument de politique économique (principe) et non nous contenter de dénoncer les politiques d'austérité visant à parvenir à l'équilibre des comptes publics (norme).

 

Ces principes découlent eux-mêmes de ce que nos invités appellent des « représentations », qui sont l'équivalent de ce que nous nommons idéologie. Voici un exemple de ce chaînage représentations / principes / normes : partons du travail. Le travail, c'est d'abord un coût qu'il importe de réduire, une variable d'ajustement, qui doit être le plus rentable possible – rentable en terme de valeur actionnariale.

De cette représentation – qui n'est pas une loi écrite – vont découler un certain nombre de principes : d'organisation (division du travail, réduction des temps de pause, évaluation individuelle du travail...) ; du droit (flexisécurité, contrat individuel supérieur au droit...) ; du langage (charges sociales, capital humain, « sauvegarde de l'emploi » pour plan de licenciement...) et un système d'information (comptabilité où les travailleurs entrent dans la case « coûts...).

De ces principes vont à leur tour découler les normes que nous connaissons bien : les salaires ou les primes à la pièce, le recours massif à l'intérim et la volonté d'ajuster l'emploi à la production, les pauses prises individuellement et non en groupe, l'usage d'un vocabulaire chargé d'idéologie (le DRH, cet homme chargé d'extirper de l'humain les « ressources » nécessaires à l'entreprise), les objectifs chiffrés.

 

Vous trouverez dans les documents ci-joints bien d'autres exemples de ce type. Cette méthode permet d'appréhender tous les objets politiques. Travail, mondialisation, luttes, fiscalité... Les principes sont de véritables machines à produire des normes. Et ce sont donc eux qu'il faut abattre. Un vaste travail est nécessaire pour gagner en efficacité et produire un système de valeurs alternatif, permettant non seulement de lutter plus efficacement contre les représentations dominantes, mais encore de donner de la force aux nôtres, tant le système décrit par nos invités est puissants.

C'est là l'objet d'un travail commun dont les bases sont jetées.

 

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