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Philippe Corcuff - La gauche en état de mort cérébrale ?

Penser la société, penser le monde, penser le politique : la gauche en est de moins en moins capable. C'est ce que Philippe Corcuff appelle la « désintellectualisation » de la gauche. Non qu'il n'y ait plus d'idées, mais celles-ci ne sont plus articulées entre elles. Et comme il y a des gauches, il y a des désintellectualisations.

 

La première, propre à la « Gauche Hollandaise » est dû à la « technocratisation » de la vie politique à laquelle souscrivent à la fois le PS et EELV. Chaque question est traitée par des experts sans vision d'ensemble, on assiste là à une « segmentation technique » du travail de la pensée. Cette division du travail intellectuel va conduire à l'effacement du lien entre la pensée d' « experts » et le mouvement d' « intellectualité démocratique ». Avec l'abandon de la grille marxiste, la « dé-globalisation » de la réflexion - soit une spécialisation et un cloisonnement des savoirs - devait s'accompagner irrémédiablement par une montée des logiques technocratiques.

Mais la « Gauche de la Gauche » n'échappe pas non plus à cette désintellectualisation. Bien que des groupes de réflexion emprunts de philosophie critique émergent sur la scène intellectuelle (Attac, Espace Marx, etc.) leurs propositions prennent souvent la forme de contre-expertises, reproduisant alors le schéma de la gauche Hollandaise. La position hégémonique que prennent ces groupes au sein des cercles de pensée de la « gauche de gauche », pourrait à terme devenir problématique. Plus généralement, la « gauche de gauche » souscrit à une nouvelle doxa critique : la pensée « Monde Diplo ». Toute réflexion entre dans des réflexes simples : bon Etat contre méchant libéralisme, les médias sont responsables, l'individualisme c'est mal, et de plus en plus la Nation protectrice face à la néfaste mondialisation. Le tout dans le registre de la seule déploration.

 

Suite à ces analyses, notre invité nous met en garde face à deux automatismes (parmi d'autres) qui peuvent nuire à la reconstruction d'un « logiciel de la critique sociale ». Le premier de ces automatismes est le « présentisme ». Les militants sont prisonniers d'une immédiatement qui rend impossible toute réflexion d'ensemble. Entre le « Nostalgisme », contemplation d'un passé mystifié qui commande à tous les discours du type « c'était mieux avant » ; et une incapacité de projection dans le futur avec notamment la crise de la notion de progrès, le présent devient le refuge, et toutes les questions sont replacées dans des temporalités courtes.

Le second automatisme serait la référence récurrente au collectivisme, opposant de fait la gauche à l'individualisme et laissant à la droite le monopole de l'individu. Le couple capitalisme/individualisme ne va pourtant pas de soi, y compris dans l'histoire de la gauche. L'épanouissement, l'émancipation de l'individu sont pensés comme le but et le chemin de la révolution par nombre de penseurs à gauche, jusqu'à l'après première guerre mondiale. Philippe Corcuff résume la pensée d'alors en disant que l'être relève de l'individu, l'avoir du collectif. Et souligne que ne pas laisser de place à l'individu dans une société profondément individualisme serait se tirer une balle dans le pied. Il faut donc trouver un langage politique à gauche qui s'adresserait aux individualités et permettrait de s'opposer aux logiques globales du capitalisme. Si la salle partageait largement les constats, une question était récurrente : dans ce tableau, où est le PCF ? Vous trouverez les développements et les échanges dans les vidéos ci-contre.

 

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