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Jean-Yves Camus - Un nouveau Front national ?

 
 
 
 

Jean-Yves Camus - Un nouveau Front national ?

le 14 avril 2011

Jean-Yves Camus - Un nouveau Front national ?

Rencontre passionnante, le 28 février dernier, avec Jean-Yves Camus, chercheur de l’IRIS, spécialiste des nationalismes et des extrémismes en Europe, à l’initiative du LEM (Lieu d’étude sur le mouvement des idées et des connaissances), animée par Michel Laurent.

Ordre du jour: le Front national.

J.-Y. Camus part de l’idée qu’on est en face d’un « nouveau » Front national dans la mesure où les médias ont installé cette idée dans les têtes, depuis l’arrivée de Marine Le Pen à la tête de cette formation, le 15 janvier dernier. Médias qui lui ont accordé et lui accordent une place tout à fait « disproportionnée ». En 2007, Sarkozy l’assurait: le FN, c’était fini. Or les sondages aujourd’hui placent haut cette formation; les cantonales seront un premier indicateur sur cette influence, réelle ou supposée.

 

Camus élargit le débat à l’Europe.

Un peu partout s’installent des « droitespopulistes, xénophobes, radicales ». Commel’UDC suisse – qui pourrait frôler les 30%. Il pensequ’il s’agit là plus d’une « nouvelle droite » que d’extrémistes de droite au sens traditionnel. Une nouvelle droitequi utilise, détourne des références progressistes, commeune demande de plus d’Etat, la liberté d’expression, l’égalité des sexes, l’égalité de droits des minorités religieuses, des minorités sexuelles, les droits des femmes que l’Islammenacerait. Le FN s’inscrit dans ces nouvelles problématiques, même s’il « n’a pas encore achevé sa mue idéologique». Celle-ci a été amorcée sous Jean-Marie Le Pen; jusqu’où ira Marine Le Pen? Jusqu’où voudra-t-elle aller? Jusqu’où pourra-t-elle aller? Un alignement sur cette nouvelle droite européenne? Un changement de nom du parti (le patronyme Le Pen a d’ores et déjà disparu de certaines affiches du FN où ne figure que « Marine » et où le sigle même FN apparaît peu...) Pour Camus, cela dépendra d’un rapport des forces internes au FN qui serait plus complexe qu’on ne le dit. Le fait est que le FN « a survécu à toutes les stratégies politiques(anti-Le Pen) ».

 

Points forts, points faibles

Traditionnellement, l’extrême droite en France est créditée de 5% ; le FN s’est constitué, lui, un noyau dur proche des 15%. Alors même que ce parti n’est pas au mieux de sa forme: il n’a pas d’argent; il n’a guère de militants, les chiffres à ce propos varient beaucoup, Camus estime leur nombre à 20 000. D’autre part, la carte d’implantation dans le pays est « pleine de trous », il est inactif dans de nombreux départements, et manque de candidats aux cantonales par exemple. Le FN, c’est « une marque » et c’est pour elle qu’on vote.

Pour répondre au FN, pour faire campagne contre lui, encore faut-il voir là où il se manifeste. Ce parti engrange des moyennes nationales aux élections mais il y a aussi des électorats locaux. Un électorat plutôt ouvrier et « classes moyennes inférieures » dans le Nord et l’Est. Plutôt classes moyennes, retraités, PME dans le Sud. A quoi s’ajoute un vote pied-noir (qui n’est pas exclusivement d’extrême droite).

Camus ne cache pas que le « nouveau discours » du FN, celui notamment qui s’est tenu au « congrès de Tours » de janvier, est, pour les politologues, « compliqué à décoder». Comme un collage de lignes différentes, le retour de l’État, la critique du libéralisme (son programme économique est en train d’être réécrit), la référence à la République (fait nouveau pour l’extrême droite), à la Résistance, aux hussards noirs de la République, la laïcité (et son droit d’expression religieuse à l’exception de l’Islam); les médias aidant, le FN apparaîtrait même comme « le plus laïc» des partis; une islamophobie déclarée.

Sarkozy pêche aujourd’hui dans ces eaux troubles, mais le FN aura beau jeu de dire, selon Camus, qu’il est plus légitime sur ce genre de discours, qu’il a pour lui «l’antériorité »: en 1984, ses affiches disaient: « Dans 20 ans, la France sera une république islamique! »

 

Présents dans les régions industrielles en crise, le FN parle de « relocalisation des emplois».

La cote de popularité de Marine Le Pen est sans conteste meilleure que celle de son père; il y a une « détabouisation » du FN. « Tout le monde dit que le tabou est tombé», dit Camus, donc, comme tout le monde le dit, cela de- vient une sorte d’idée reçue. Le cordon sanitaire autour du FN serait tombé. Qu’en sera-t-il du Front en 2012? Tout dépendra du casting, dit Camus. S’il est évident qu’une candidature FN n’aura jamais la moindre chance d’être élue, en même temps cette formation va « laisser des traces » dans les têtes. Suit un riche débat...

 

Synthèse de Gérard Streiff, parue dans CommunisteS numéros 427 >> http://www.pcf.fr/sites/default/files/427_communistes.pdf

    A propos de cette contribution

    le 14 avril 2011

       

      Extrait

      Rencontre passionnante, le 28 février dernier, avec Jean-Yves Camus, chercheur de l’IRIS, spécialiste des nationalismes et des extrémismes en Europe, à l’initiative du LEM (Lieu d’étude sur le mouvement des idées et des connaissances), animée par Michel Laurent.

      Ordre du jour: le Front national.

      J.-Y. Camus part de l’idée qu’on est en face d’un « nouveau » Front national dans la mesure où les médias ont installé cette idée dans les têtes, depuis l’arrivée de Marine Le Pen à la tête de cette formation, le 15 janvier dernier. Médias qui lui ont accordé et lui accordent une place tout à fait « disproportionnée ». En 2007, Sarkozy l’assurait: le FN, c’était fini. Or les sondages aujourd’hui placent haut cette formation; les cantonales seront un premier indicateur sur cette influence, réelle ou supposée.

       

      Camus élargit le débat à l’Europe.

      Un peu partout s’installent des « droitespopulistes, xénophobes, radicales ». Commel’UDC suisse – qui pourrait frôler les 30%. Il pensequ’il s’agit là plus d’une « nouvelle droite » que d’extrémistes de droite au sens traditionnel. Une nouvelle droitequi utilise, détourne des références progressistes, commeune demande de plus d’Etat, la liberté d’expression, l’égalité des sexes, l’égalité de droits des minorités religieuses, des minorités sexuelles, les droits des femmes que l’Islammenacerait. Le FN s’inscrit dans ces nouvelles problématiques, même s’il « n’a pas encore achevé sa mue idéologique». Celle-ci a été amorcée sous Jean-Marie Le Pen; jusqu’où ira Marine Le Pen? Jusqu’où voudra-t-elle aller? Jusqu’où pourra-t-elle aller? Un alignement sur cette nouvelle droite européenne? Un changement de nom du parti (le patronyme Le Pen a d’ores et déjà disparu de certaines affiches du FN où ne figure que « Marine » et où le sigle même FN apparaît peu...) Pour Camus, cela dépendra d’un rapport des forces internes au FN qui serait plus complexe qu’on ne le dit. Le fait est que le FN « a survécu à toutes les stratégies politiques(anti-Le Pen) ».

       

      Points forts, points faibles

      Traditionnellement, l’extrême droite en France est créditée de 5% ; le FN s’est constitué, lui, un noyau dur proche des 15%. Alors même que ce parti n’est pas au mieux de sa forme: il n’a pas d’argent; il n’a guère de militants, les chiffres à ce propos varient beaucoup, Camus estime leur nombre à 20 000. D’autre part, la carte d’implantation dans le pays est « pleine de trous », il est inactif dans de nombreux départements, et manque de candidats aux cantonales par exemple. Le FN, c’est « une marque » et c’est pour elle qu’on vote.

      Pour répondre au FN, pour faire campagne contre lui, encore faut-il voir là où il se manifeste. Ce parti engrange des moyennes nationales aux élections mais il y a aussi des électorats locaux. Un électorat plutôt ouvrier et « classes moyennes inférieures » dans le Nord et l’Est. Plutôt classes moyennes, retraités, PME dans le Sud. A quoi s’ajoute un vote pied-noir (qui n’est pas exclusivement d’extrême droite).

      Camus ne cache pas que le « nouveau discours » du FN, celui notamment qui s’est tenu au « congrès de Tours » de janvier, est, pour les politologues, « compliqué à décoder». Comme un collage de lignes différentes, le retour de l’État, la critique du libéralisme (son programme économique est en train d’être réécrit), la référence à la République (fait nouveau pour l’extrême droite), à la Résistance, aux hussards noirs de la République, la laïcité (et son droit d’expression religieuse à l’exception de l’Islam); les médias aidant, le FN apparaîtrait même comme « le plus laïc» des partis; une islamophobie déclarée.

      Sarkozy pêche aujourd’hui dans ces eaux troubles, mais le FN aura beau jeu de dire, selon Camus, qu’il est plus légitime sur ce genre de discours, qu’il a pour lui «l’antériorité »: en 1984, ses affiches disaient: « Dans 20 ans, la France sera une république islamique! »

       

      Présents dans les régions industrielles en crise, le FN parle de « relocalisation des emplois».

      La cote de popularité de Marine Le Pen est sans conteste meilleure que celle de son père; il y a une « détabouisation » du FN. « Tout le monde dit que le tabou est tombé», dit Camus, donc, comme tout le monde le dit, cela de- vient une sorte d’idée reçue. Le cordon sanitaire autour du FN serait tombé. Qu’en sera-t-il du Front en 2012? Tout dépendra du casting, dit Camus. S’il est évident qu’une candidature FN n’aura jamais la moindre chance d’être élue, en même temps cette formation va « laisser des traces » dans les têtes. Suit un riche débat...

       

      Synthèse de Gérard Streiff, parue dans CommunisteS numéros 427 >> http://www.pcf.fr/sites/default/files/427_communistes.pdf

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