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13/13/2011 - Note de conjoncture 5

L'actualité des sondages, études et conférences   Sondages Près de trois Français sur quatre (74%) ne font pas confiance à N. Sarkozy et deux tiers (66%) n'ont pas non plus confiance dans F. Fillon, selon un baromètre Harris Interactive publié lundi 11 avril dans Le Parisien/Aujourd'hui en France. La cote de confiance du chef de l'Etat s'établit à 20%, en baisse de deux points par rapport au baromètre de mars. Celle du Premier ministre, à 26%, est en recul de trois points. La question posée était : "faites-vous confiance ou non à Nicolas Sarkozy (ou François Fillon) pour mener une politique qui réponde à vos attentes ?"   D.Strauss-Kahn devance largement les autres personnalités politiques dans les souhaits de victoire des Français à l'élection présidentielle de 2012, selon un sondage Viavoice/Libération (11/04). 45 % souhaitent voir accéder à l'Elysée l'actuel directeur général du Fonds monétaire international. Arrivent ensuite le socialiste F. Hollande (31%), le Premier ministre F. Fillon (UMP) à 30% et le premier secrétaire du PS, M. Aubry à 29%. Le ministre des Affaires étrangères, A. Juppé (UMP), est en cinquième position à 24%, devant l'actuel chef de l'Etat, le président N. Sarkozy (UMP) à 23%.   Une très large majorité de Français (88%) pensent que des hausses d'impôts auront lieu après l'élection présidentielle de 2012, quel que soit le candidat élu, selon un sondage Ifop pour Sud Ouest Dimanche. 43% des sondés jugent ces hausses certaines, 45% les tiennent pour probables, tandis que 11% pensent qu'aucune hausse des prélèvements n'interviendra après 2012, selon les résultats de l'enquête. Selon l'Ifop, "ces chiffres massifs et sans équivoque dénotent en creux la maturité de l'opinion sur les questions économiques et fiscales mais également un relatif pessimisme ambiant". Une large majorité de Français "appréhendent l'hypothèse d'une hausse des impôts avec fatalité, conscients (...) de l'état des finances publiques et soucieux de voir la dette diminuer", analyse l'institut de sondage.   Selon un sondage Ifop/Sud Ouest Dimanche, 71% des personnes interrogées jugent que l’image de notre pays à l’étranger s’est dégradée au cours des dernières semaines, seuls 2% des répondants jugeant que l’image de la France s’est améliorée. 27% estiment qu’elle n’a pas changé. Ce sentiment majoritairement partagé d’une dégradation de l’image de la France à l’étranger au cours des dernières semaines se vérifie pleinement auprès de l’ensemble des catégories de population interrogées. Signalons toutefois qu’il s’avère sensiblement plus intense auprès des sympathisants de gauche (78%) que parmi ceux de la droite (61%). De même, les ouvriers apparaissent plus nuancés dans leurs réponses (67% perçoivent une dégradation) alors que la plupart des cadres (85%) et des professions intermédiaires (77%) estiment que l’image de la France s’est dégradée.   Interventions françaises à l'étranger Dans l'opinion, un intérêt réel mais un consensus fragile Ce n'est qu'un indicateur mais, selon une enquête de l'Ifop réalisée par téléphone les 31 mars et 1er avril auprès de 1 016 personnes, l'intervention en Libye a animé les conversations de 74 % des Français au cours de la semaine précédente. C'est moins que les conséquences du tremblement de terre au Japon et de la catastrophe nucléaire de Fukushima (92 %), à peu près autant que les discussions autour de l'augmentation du prix de l'électricité (71 %), mais nettement plus que les résultats des élections cantonales (60 %) ou le débat sur la laïcité organisé par l'UMP (38 %). Cet intérêt se double d'un consensus. Selon une autre étude de l'IFOP, réalisée du 29 au 31 mars, par Internet, auprès de 1 003 personnes, 66 % des Français approuveraient l'intervention militaire lancée le 19 mars contre les forces du colonel Kadhafi (en avril 1999, aux premières heures de l'intervention contre la Yougoslavie, les Français n'étaient que 58 % à soutenir l'intervention de l'OTAN). Une évolution spectaculaire : quinze jours avant les premières frappes, ils étaient 63 % à se dire opposés à une éventuelle intervention. " L'opinion s'est retournée, mais cela ne veut pas dire qu'elle soit très structurée ", observe Jérôme Fourquet, de l'IFOP. " Le consensus peut s'effriter, commente M. Fourquet. Si la situation s'enlise, que ce soit en Libye ou maintenant en Côte d'Ivoire, cela peut renforcer en creux l'image d'un Sarkozy brouillon, impulsif et qui agit par à-coups. " L'approbation de l'intervention en Libye croît avec l'âge (60 % des moins de 35 ans s'y disent favorables, mais 79 % des plus de 65 ans) et diffère selon le statut professionnel (54 % des ouvriers sont pour, contre plus de 65 % des artisans, commerçants, professions libérales et cadres supérieurs).   __ Politique   Le projet PS pour 2012 comprend une trentaine de propositions phare, et s'articule autour de trois thèmes: redresser la France, changer de modèle de développement et rassembler les Français. Parmi les propositions phares figurent notamment les 300.000 emplois d'avenir, nouvelle mouture des emplois jeunes créés sous le gouvernement Jospin en 1997, la création d'une banque publique d'investissement et la réforme de l'impôt sur les sociétés, l'encadrement des loyers, une réforme fiscale fusionnant l'impôt sur le revenu et la CSG pour créer un impôt citoyen prélevé à la source. Le projet prévoit également la création de 10.000 postes de gendarmes et policiers en 5 ans, une allocation d'études pour les jeunes sous condition de ressources, la généralisation du CV anonyme ou encore le droit au mariage et à l'adoption pour les couples homoparentaux. La lutte contre les licenciements boursiers, thème cher à S. Royal, est intégrée au projet. La question du nucléaire, thème sensible dans les discussions avec les partenaires écologistes, fait aussi débat au sein du PS, où l'on s'est accordé sur le plus petit dénominateur commun, à savoir le "développement massif des économies d'énergie et des énergies renouvelables". Pour financer toutes ces mesures, le PS table sur des recettes d'environ 50 milliards d'euros, dégagées par la suppression des "cadeaux fiscaux" mis en oeuvre par la droite depuis 2007, jugés "inefficaces et injustes" par M. Sapin, chargé du cadrage financier. Sur cette somme, 25 milliards iraient sur des dépenses budgétaires nouvelles et le solde contribuerait à la diminution des déficits. Selon un sondage BVA/20 minutes (08/04), les Français jugent les principales propositions du PS. 86% sont favorables à l'encadrement des loyers, 84% pour plafonner les écarts de rémunération de 1 à 20 dans les entreprises publiques, 79% pour mettre en place une « TVA éco-modulable », 73% pour imposer aux jeunes médecins d'exercer dans une zone-désert en santé, 72% pour fusionner la CSG et l'impôt sur le revenu, 69% pour créer 300 000 emplois d'avenir. Les Français ont le sentiment que le parti qui proposerait ce projet, voteraient pour lui à la présidentielle (58%) , 58% pensent que ce projet est différent de celui de la droite, est réaliste (57%), efficace (52%), ambitieux (50%), convaincant (48%).   Selon un sondage publié par Le Parisien (10/04), l'emploi, le social et l'éducation, suivis de près par les inégalités et le pouvoir d'achat sont les thèmes que les sympathisants de gauche souhaitent avant tout voir figurer dans le projet des candidats à la présidentielle pour qui ils pourraient voter. Cette enquête Harris Interactive montre ainsi clairement que le projet pour 2012 adopté samedi par le PS «est en phase avec les attentes des sympathisants de gauche», selon le journal.   Recomposition de la droite. Gérard Grunberg dans Telos (10/04) peut écrire « En 2012, si Jean-Louis Borloo est candidat et obtient un score significatif, il est très probable qu’aucun candidat de la droite modérée n’atteindra le second tour. En outre, si le second tour de l’élection présidentielle oppose le candidat socialiste à celui du Front national, la droite modérée accentuera encore ses divisions entre les deux tours. L’UMP cherchera à se venger lors des législatives et si la droite se divise également dans une grande partie des circonscriptions législatives, et compte tenu du niveau électoral probable du FN, elle risque de connaître une défaite historique. » Il poursuit « En donnant la victoire aux socialistes, que peut-il espérer ? La seule réponse rationnelle est qu’il fait avec ses amis le pari que de toutes manières Nicolas Sarkozy sera battu à la prochaine élection et que la majorité perdra les élections législatives. Dans ces conditions, les prochaines échéances électorales pourraient lui permettre d’asseoir sa popularité et sa crédibilité politique et de regrouper autour de lui une droite modérée orpheline d’une défaite qui se traduirait par l’éclatement de l’UMP en préparant l’éventuelle alternance de 2017. » Il conclut « Cette rupture entre Borloo et une partie de la composante centriste de l’UMP d’une part et la direction de ce parti d’autre part signe également le grave échec de l’UMP, et donc du président de la République d’abord, à faire de ce parti le grand parti pluraliste de la droite modérée qu’il devait nécessairement devenir pour s’enraciner et réussir. Ici, la responsabilité du président est fortement engagée. La diversité historique de la droite française ne pouvait pas disparaître avec la création de l’UMP. Celle-ci devait donc faire vivre, organiser et canaliser cette diversité. Sa direction n’a pas su ou voulu le faire. La droite est désormais divisée en trois tronçons dont le nouveau parti de Jean-Louis Borloo risque d’être le plus petit. La droite est en morceaux. » Gérard Courtois est dans le même état d'esprit dans Le Monde (11/04) intitulé « La guerre des droites est déclarée ». Il conclut ainsi son article « A un an de l'élection présidentielle, c'est donc une compétition sans merci qui s'engage entre trois droites. D'un côté, le Front national, repeint par Mme Le Pen aux couleurs des populismes que la mondialisation, la crise économique, le rejet des immigrés et la peur de l'islam ont fait surgir, partout ou presque en Europe. Ce n'est pas ici le lieu de commenter l'analyse que vient de publier Dominique Reynié (Populismes : la pente fatale, Plon, 280 p., 19,50 €). Retenons toutefois sa conclusion : la " redoutable capacité de nuisance " que cette droite extrême exerce sur la droite de gouvernement, " sur le terrain du conservatisme, matériel et identitaire ". De l'autre côté, la droite sociale, et républicaine qu'entend construire Jean-Louis Borloo. Ce dernier l'a dit en termes simples : " Il y a ceux qui ont peur de l'autre " ; et ceux, au contraire, qui " n'ont pas peur de l'autre, considèrent que nous sommes riches de nos différences et que l'autre est une extraordinaire richesse ". Il n'a pas hésité à qualifier de " fracture profonde " l'affrontement de ces " deux lignes politiques " au sein de la majorité. Entre les deux, le président de la République et son collaborateur le plus fidèle sont décidés, à l'évidence, à colmater par tous les moyens les brèches que le FN menace d'ouvrir dans l'électorat de droite. Autant que de la gauche et de sa capacité à redonner aux Français " confiance dans l'avenir ", c'est de cette guerre des trois droites que dépendra le sort de l'élection de 2012. »   FN. Sortie de l'euro, protections douanières, souveraineté monétaire... M. Le Pen a présenté vendredi 8 avril les grandes lignes de son programme économique pour 2012. Face au "saccage social" pour "sauver l'euro", le FN propose une sortie "progressive" et "groupée" de la monnaie unique, mais si d'autres pays ne suivent pas cette voie, "on sortira tout seul", a expliqué M. Le Pen. En matière d'échanges internationaux, sont prévus des "tarifs douaniers" et des "quotas d'importations", "par produits et par pays d'origine", en ciblant les secteurs où "la concurrence est particulièrement déloyale". Ces secteurs n'ont pas été précisés. Question fiscalité, le FN dit s'être inspiré des travaux de l'économiste proche du PS Thomas Piketty. Autre mesure phare de ce programme, le rétablissement de "l'échelle mobile des salaires", soit l'indexation des salaires sur l'augmentation des prix pour éviter la baisse du pouvoir d'achat.   La patronne du Front national dans le texte : «Les électeurs ont compris que la fracture droite-gauche n’existe pas, c’est une construction totalement artificielle. Nous révélons les fractures idéologiques qui traversent l’UMP et le Parti socialiste […] à savoir qu’il y a dans ces deux camps des gens qui rejettent la mondialisation, qui rejettent le libre-échange, qui pensent que l’abandon des structures nationales a participé à l’affaiblissement de la France.» Avec l’ambition de fédérer demain tous les abîmés de cette mondialisation. Très vite, la thèse du FN a trouvé un écho, pour le moins troublant, chez de nombreuses personnalités au profil très différent, remarque Libération (07/04). Jean-Paul Delevoye, médiateur de la République déclare : «Les gens sont clairvoyants sur la classe politique. Aujourd’hui la frontière n’est plus entre la gauche et la droite, elle est entre ceux qui acceptent la mondialisation et ceux qui la récusent.» Mot à mot les propos de Le Pen. L’historien Emmanuel Todd répète en boucle une analyse siamoise. Dans le Point : «Je ne pense pas que l’UMP et le PS qui adhèrent à des doctrines et des projets économiques (libre-échange et euro) détruisant la vie des citoyens méritent la qualification de républicain.» A gauche, le débat risque de diviser le PS. Arnaud de Montebourg tente justement de se positionner sur ce terrain-là : «Je m’interroge, est-ce que François Hollande sera dans le même cercle gestionnaire que DSK ? C’est cette question qui sera très vite posée, il y a les gestionnaires d’un système qui est en train de s’écrouler, financier, politique, et puis il y a les transformateurs, dont je fais partie, qui défendent un programme de démondialisation, c’est-à-dire de reterritorialisation de l’économie.» Bilan. Au passage, le PS a compris que ce débat était porteur d’une idée dévastatrice : le libre-échange aurait réduit à néant les leviers des Etats, au point de vider de son sens l’opposition gauche-droite. Sur ce thème lire : Jacques Sapir, de l’EHESS: «Il faut un protectionnisme ciblé sur les produits de certains Etats»   NPA. O. Besancenot a estimé que la gauche radicale ne pouvait être représentée par le chef d'un parti politique à l'élection présidentielle de 2012, lors d'un déplacement dans le Nord vendredi. "S'il y a un rassemblement anticapitaliste (pour la présidentielle de 2012), ça ne peut pas être le responsable d'un parti politique qui va représenter les autres, parce qu'on a du mal à représenter les autres partis. Donc, ça pourrait être, pourquoi pas, quelqu'un du mouvement social", a déclaré Olivier Besancenot   __ Études, rapports et documents   Les catégories sociales continuent fortement de structurer la société française, selon l'Observatoire des inégalités. Salaires, niveaux de revenus, pratiques de loisirs, etc. : notre société demeure marquée par des écarts considérables entre milieux. La « moyennisation » mise en évidence dans les années 1990 et 2000 n’a pas eu lieu. Un ensemble de facteurs façonnent les pratiques : le revenu bien sûr, mais aussi le diplôme, le mode de vie et l’histoire familiale, les relations amicales, etc. Les cadres supérieurs, avec un salaire mensuel net moyen de 4 083 euros, touchent 2 fois plus que la moyenne des salariés et 2,7 fois plus que les ouvriers. Chaque mois, un cadre supérieur dispose de 2 560 euros de plus. En haut de l’échelle, les professions les mieux payées, selon l’Insee, sont les cadres des marchés financiers, plus de 13 000 euros mensuels, les cadres d’état major d’entreprise, un peu moins de 12 000 euros en moyenne. Pour aller plus loin http://www.inegalites.fr/spip.php?article1412   Moral des Français et état de la société française. Plusieurs études, enquêtes et rapport analyse l'état de la France. Dans son rapport remis le 22/04 à N. Sarkozy, le Médiateur de la République dresse un tableau très sombre de l'évolution de la société française. Épuisée, en plein «burn-out» « extinction », elle ne fait plus confiance aux institutions, se méfie des politiques et met en cause des lois trop nombreuses et peu efficaces, selon Jean-Paul Delevoye. Son analyse s'appuie sur les réclamations liées à des questions sociales, de justice ou encore de santé adressées aux services du Médiateur. En 2010, ces derniers ont reçu 79.046 affaires - un chiffre en hausse de 3,6% par rapport à l'année précédente. Signe du divorce entre les citoyens et les institutions, la moitié des demandes «ne sont pas recevables par le Médiateur», pointe Jean-Paul Delevoye. «Des chômeurs ne croient plus à l'efficacité du Pôle emploi et préfèrent travailler au noir, des élèves ne vont plus à l'école. L'administration a perdu sa capacité à faire du surmesure pour les personnes en difficulté, relève le médiateur. Non-respect du droit au logement opposable, difficulté d'accès au dossier médical, crédits d'impôt remis en cause: les services du Médiateur ne manquent pas d'exemples de mécontentements. En outre, la lassitude des Français serait également palpable en politique. «Un Français sur trois, au nom de l'efficacité, est prêt à voter pour un homme ou une femme forte, même s'il ne respecte pas les valeurs de la démocratie», selon Jean-Paul Delevoye. Une estimation confortée «par le fort taux d'abstention et la montée du Front national au premier tour des élections cantonales». 74% d'entre eux craignent que la Sécurité sociale fasse faillite mais 76% trouveraient gênant d'être moins remboursés afin de préserver le système, avance Sociovision. «Le thème de 2012 sera celui du vivre ensemble et du goût des autres», en conclut Jean-Paul Delevoye. Avant de prendre congé, le dernier médiateur a cependant tenu à glisser quelques notes positives dans son bilan crépusculaire: «76% des Français en 2010 disent avoir besoin d'un but commun, contre 67% en 2009. La société a besoin de sens.»   Ce rapport confirme le pessimisme des Français qui a augmenté de 10 points par rapport à l'an dernier, note BVA. Record historique. Tandis que l'indicateur du moral des ménages de l'Insee affichait en début d'année un reflux à -36. "Depuis 32 ans, selon nos indices, le moral des Français n'a jamais été si bas", insiste pour sa part Régis Bigot, économiste au Crédoc. Un pessimisme qui s'endurcit, comme l'analyse assez bien Bernard Cathelat du CCA : "Pratiquement les trois quarts des Français perçoivent que notre société est en train de "retourner à la jungle", gouvernée par les lois darwiniennes de la sélection naturelle la plus brutale: concurrences individualistes, abandon des plus faibles, solidarités limitées aux clans et tribus... Dans nos études qualitatives, nous entendons nos concitoyens imaginer des scénarios catastrophes de l'organisation sociale et du vivre ensemble, entre arène de gladiateurs et jungle sauvage... ce qui explique un scénario de société en pleine destructuration imaginé par trois Français sur quatre..." "La confiance non seulement dans le gouvernement mais également dans les institutions est historiquement au plus bas. Désertion sur tous les fronts : moins de deux ans avant les présidentielles, 42 % des Français ne se sentent proches d'aucun parti. Tout en étant en attente d'un projet collectif : 76 % estiment que notre société actuelle aurait besoin d'un but commun auquel cela vaudrait la peine de se consacrer", estime Marie-José Forissier, président-directeur général de Sociovision. Nous vivons une crise de souveraineté avec un Etat providence qui a volé en éclats. Et l'on voit se multiplier les substituts : ONG, fondations, associations et autres structures appelant au bénévolat. Les Français, qui ne parlent pas anglais, ne voyagent pas, sont devenus un corps social rétréci qui a la terreur du déclassement. Pas étonnant que le pessimisme prenne sur ce terreau ignoré par le système parisiano-centriste", analyse Nathalie Brion, présidente de Tendance Institut. "Dans l'imaginaire collectif, il y a encore l'image d'une grande puissance qui n'a pas vraiment pris la mesure des bouleversements mondiaux. Le travail de deuil de la superpuissance n'a pas été fait. Nous avons encore le deuxième réseau d'ambassades dans le monde. Mais nous n'avons plus les moyens de nos ambitions ni d'entretenir le mythe. Passant de la première à la troisième division. Prise de conscience douloureuse. Et aucun modèle alternatif pour faire rêver les Français qui ne représentent plus que 1 % de la population mondiale", explique pour sa part Jérôme Fourquet, directeur de département à l'Ifop. "L'impression que l'on va, collectivement, vers quelque chose de plus dur, de plus difficile pousse au chacun pour soi, à ce bonheur subtil et complexe d'un confort individuel", décode Frédéric Chassagne, directeur de département à TNS Sofres. Mais Bernard Cathelat du CCA décrypte plus finement ces comportements : "Une 1ère raison à cette "optimisme" est la stratégie du "renard malin" : moins de 20 % font confiance au système social actuel pour assurer leur bonheur ; les autres "optimistes" pensent ne rien devoir à la société, bien décidés à grapiller tout ce qu'ils peuvent, égoïstement, pour tirer le maximum des derniers avantages sociaux ; c'est donc un optimisme asocial, voire incivique... et nous le voyons progresser, surtout depuis 2005. Une 2e raison de relative satisfaction de vie personnelle progresse aussi, mais de façon plus récente : c'est une évolution de la conception du bonheur. Puisque le pouvoir d'achat stagne ou baisse inexorablement, apprenons à être heureux avec moins d'argent... : 75 % nous disent "on peut être heureux avec moins d'argent". « Alors demain, un projet commun partagé, une confiance retrouvée avec de vraies élites éclairées ? Une vision réconfortante d'une société aussi ambitieuse que résolue ? s'interroge le Nouvel Economiste (21/03) Les présidentielles seront-elles une opportunité ? Or pour l'instant, c'est justement de sens partagé dont ils sont le plus orphelins. »   La note de conjoncture de l'Insee au 4e trimestre 2010 montre que l'activité a ralenti. La croissance du PIB serait de 0,6% au 1er trimestre 2011, puis de 0,4% au second. 78 000 emplois seraient créés dans les secteurs marchands au 1er trimestre. L'Insee note que le pouvoir d'achat a subi une très nette décélération en 2010. Il explique « Soutenu par une série de mesures adoptées dans le cadre du plan de relance et de la lutte contre la récession, le pouvoir d'achat des ménages avait continué à progresser en 2009 et de manière assez sensible (+ 1,6 %). Il a nettement décéléré en 2010 à + 1,2 % en moyenne annuelle, en raison notamment du rebond des prix à la consommation (+ 1,2 % après - 0,6 %) et de l'extinction des dipositifs anti-crise. »   L'OFCE, de son côté, est davantage pessimiste. "La cure d'austérité va empêcher l'enclenchement d'un enchaînement vertueux permettant à l'économie française de croître à un rythme supérieur à son potentiel et donc au chômage de baisser", estime l'OFCE. Du coup, "la croissance sera moins riche en emplois, voire toujours destructrice d'emplois", a déclaré l'économiste Eric Heyer. Selon l'OFCE, le taux de chômage remonterait à 9,7% fin 2011, après 9,4% cette année. Surtout, a prévenu Eric Heyer, "l'ancienneté au chômage devrait progresser fortement", ce qui aurait un effet "très récessif" puisque davantage de demandeurs d'emplois se retrouveraient aux minima sociaux.   OCDE : la croissance devrait être "de l'ordre de 2 %" en 2011 en France, "voire un peu plus", a déclaré lundi le secrétaire général de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Angel Gurria, révisant ainsi à la hausse sa précédente prévision, qui était de 1,6 %. Salaires/pouvoir d'achat : les propositions de N. Sarkozy : "S'il y a une prime pour les actionnaires, a déclaré M. Sarkozy lors d'une table-ronde dans une usine du fabricant de pièces en aluminium Alcan EP, il faut avoir une prime pour les salariés. On travaille en ce moment là-dessus". L'idée d'une répartition plus équitable entre les salaires et les dividendes versés par les entreprises à leurs actionnaires avait déjà été évoquée à plusieurs reprises par le chef de l'Etat. En mars, il avait demandé aux ministres de l'économie, Christine Lagarde, et du travail, Xavier Bertrand, de préparer des mesures.   Tarifs sociaux, encadrement des prix énergétiques, panier alimentaire : l'exécutif multiplie les mesures pour contrer la hausse des prix des matières premières, qui renforce l'inquiétude des Français sur leur pouvoir d'achat. Mais, dans un contexte de rigueur et de fort chômage, le gouvernement manque de marges de manoeuvre. « Nous devons apprendre à vivre avec l'idée que le pouvoir d'achat par tête ne connaîtra plus le même dynamisme », prévient Robert Rochefort, ancien directeur du Credoc. L'exécutif veut obliger les entreprises à verser une prime salariale en cas de dividendes, mais la portée de la mesure fait débat.           __ Á lire   Combats avec Méduse d'Emmanuel Terray. Le spécialiste de l'Afrique conjugue une réflexion théorique sur la violence et un engagement politique au présent, note Le Monde (08/04). Pour cet ancien syndicaliste, ami d'Etienne Balibar et d'Alain Badiou, c'était une nouvelle forme d'engagement, révélatrice de logiques sociales sous-jacentes. " Au début du mouvement des sans-papiers, se souvient-il, on invoquait surtout les droits de l'homme et la compassion à l'égard des exclus. De mon côté, je me suis demandé ce qu'étaient les sans-papiers dans la société française. Leur nombre est le même depuis trente ans, 400 000, et toujours dans les mêmes secteurs : BTP, hôtellerie-restauration, service à la personne, nettoyage, sécurité, etc. J'en ai déduit que les sans-papiers répondaient à une demande de travail dans les secteurs non-délocalisables : ils constituent une délocalisation sur place. La politique de non-régularisation a pour but de baisser les salaires en maintenant dans la peur ces travailleurs. " Le capitalisme développe le pouvoir des nomades sur les sédentaires, parce qu'il pousse au maximum les forces de la rapidité, de la mobilité, de la résistance à la fatigue ; mais il s'accompagne de processus visant à reterritorialiser ces forces, dans des usines industrielles ou des systèmes de sécurité sociale. D'où la mauvaise foi des Etats capitalistes lorsqu'ils encouragent la main-d'oeuvre à circuler tout en limitant ses déplacements.   La Fondation Robert Schuman a publié une étude « l'Europe et la crise économique mondiale. Réponse-bilan expliquée en 10 fiches. http://www.robert-schuman.eu/   __ Agenda   - Terra Nova organise, en partenariat avec esprit et Alternatives économiques, un débat le mercredi 27 avril à 19h, mairie du 3e arrt, sur « La souffrance au travail : comment en finir ? » avec Danièle Linhart. - Le 20 avril de 18h à 19h30, le Centre d'analyse stratégique organise un débat autour du livre « Les Trente glorieuses sont devant nous » de Valérie Rabault et Karine Berger. Pour ces 2 auteurs, notre pays a les moyens de renouer avec la réussite économique et sociale à condition de faire des choix audacieux. - Le 20 avril 2011 à 19h30, à La Bellevilloise, Terra Nova organise un débat entre Thomas Piketty et S. Royal sur « Quelle réforme fiscale pour 2012 ? ».   __

 

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le 14 April 2011