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Christophe Robert - Pour une nouvelle politique du logement

 

Le 4 juin, le Lem recevait Christophe Robert, coordinateur du Rapport Annuel sur l’état du mal logement de la Fondation Abbé Pierre ; auteur de Logement et cohésion sociale, le mal-logement au cœur des inégalités (avec Didier Vanoni, la Découverte, 2007) et d’Éternels étrangers de l’intérieur (éditions Desclée De Brouwer, 2007).

Hausse de la pauvreté, du chômage, augmentation du nombre de travailleurs pauvres, surendettement : le diagnostic ne serait pas complet si l'on n'y ajoutait la pénurie de logements. Il manque 800 000 à 1 million de logements en France. En dix ans, les prix de l'immobilier ont doublé, les loyers ont augmenté de 50% ; les charges ont explosé. Et les aides au logement n'ont pas suivi. Pour la Fondation Abbé Pierre, le phénomène nouveau est la place du logement dans les processus d'exclusion : il y a quinze ans, les exclus ne pouvaient pas se loger ; aujourd'hui, ce sont les classes moyennes et les plus modestes qui, par la perte du logement, peuvent être marginalisés.

Les impacts de la rareté et de la cherté des logements sont multiples : les expulsions ont augmenté de 50 à 100% en dix ans selon les indicateurs ; 40 à 50% du budget des ménages est consacré au loyer ; les difficultés pour se loger freinent la mobilité professionnelle ; le lien entre mal-logement et échec scolaire est avéré. Mais c'est aussi la mixité sociale qui pâtit de la situation, les moins aisés ne pouvant se loger que dans le privé insalubre ou dans le parc social, dans les périphéries urbaines.

Les principales victimes de cette situation sont les migrants, les femmes seules avec enfants et les retraités. Mais, au-delà du problème de l'exclusion des plus pauvres, il y a celui des inégalités qui s'accroissent. La dernière enquête de l'INSEE sur le patrimoine (immobilier pour les deux tiers) révèle qu'en 2010, les 10% les plus riches possèdent 48% du patrimoine, quand les 50% les plus pauvres n'en possèdent que 7%. Ce qui représente, depuis 2004, une augmentation de 50% pour les premiers et une diminution de 10% pour les seconds. Autre chiffre parlant, cette fois pour les loyers : l'écart entre les ressources des plus aisés et des plus pauvres est de 1 à 7. Mais si l'on déduit des ressources les dépenses contraintes, cet écart est de 1 à 18 !

Exclusion, inégalités : on ne peut se contenter, devant ce bilan, d'une réponse aux situations d'urgence, il est nécessaire de penser en profondeur une nouvelle politique du logement. La Fondation Abbé Pierre propose quatre axes d'engagements. Premièrement, construire, beaucoup, intelligemment, avec un objectif de 500 000 logements par an. Ces constructions ne peuvent être seulement publiques. Les investisseurs institutionnels (banques, fond d'investissements...) se sont retirés du marché de l'immobilier : comment les obliger à investir ?

Deuxièmement, réguler les marchés. Les loyers, mais aussi les charges et le foncier.

Troisièmement, lutter contre la spécialisation spatiale. Le logement ne peut être pensé sans la ville dans son ensemble. Il faut créer de la diversité, de la mixité, permettre le vivre ensemble, et ne pas perdre de vue que les quartiers populaires sont des lieux de vie et doivent permettre la promotion sociale.

Dernier axe, il faut protéger les plus faibles. Cela passe par la lutte contre l'habitat indigne, mais aussi par la prévention des expulsions, des mises à la rue (sortie de prison, d'hôpital...).

Dans la discussion, il a été souligné que l'élaboration d'une politique du logement ne peut pas faire l'économie d'un débat sur la propriété privée, qui, à l'inverse du droit au logement, est inscrit dans la constitution. Le foncier est-il le patrimoine de la patrie ou une propriété privée ?

La fiscalité est un outil central pour corriger les inégalités. La Fondation propose qu'un impôt sur les plus-values immobilières soit dédié au financement des logements sociaux.

La question du logement doit est nationale, mais doit également être gérée avec les collectivités. Il faut travailler sur un équilibre entre les deux échelles pour trouver une formule de coresponsabilité pérenne. La solidarité et l'équité territoriale ne peuvent que relever de l’État, et la mise en œuvre des politiques publiques doit s'effectuer au plus près du terrain avec les collectivités territoriales.

C'est un vaste chantier qui attend le législateur. Il est urgent, et Christophe Robert l'a souligné, qu'une formation politique s'empare de la problématique du logement : c'est une priorité si l'on a à cœur de permettre aux classes populaires comme aux classes moyennes de sortir de la précarité. Le logement est une question de société, une question politique.

 

Le 17e rapport sur l’état du mal logement de la Fondation Abbé Pierre est disponible en ligne : http://www.fondation-abbe-pierre.fr