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Jacques Fournier - Vers une économie des besoins

Le capitalisme impose des transformations sociales ; et les luttes qu'il suscite, en portant des revendications politiques, infléchissent sur les institutions. A mesure du développement du capitalisme, les modes d'intervention de l'Etat se sont diversifiés et multipliés. La phase dans laquelle nous sommes rentrés, qui se caractérise par une mondialisation économique et une hégémonie de la pensée libérale, rend nécessaire une nouvelle recomposition des politiques publiques autour de deux axes : la régulation du marché et la fourniture de services collectifs. Ces derniers doivent être pensés dans la perspective de satisfaire les besoins. C'est en ce sens que notre invité parle d'économie des besoins.

Les services publics doivent répondre à des droits fondamentaux garantis constitutionnellement auxquels, n'étant pas rentables, le marché ne donne pas satisfaction, rendant de ce fait l'intervention publique nécessaire. Mais cela ne doit pas permettre au discours sur le « coût » des services publics de prospérer. Il s'agit d'un secteur de production, et baisser la dépense publique revient à baisser le PIB.

Jacques Fournier distingue différentes catégories du service public :

  • ce qui relève du développement humain

  • ou du soutien de l'activité humaine (réseau, énergie...)

  • ou de la démocratie (garantie des droits, justice, sécurité...)

  • ou des fondements économiques (recherche, universités, crédit...)

Tous ces secteurs doivent être guidés par une exigence d'égalité, absolue pour l'éducation ou la santé, plus relative pour d'autres secteurs moins « vitaux ». C'est d'ailleurs un aspect sur lequel il y a eu divergence dans le débat, l'exigence d'égalité doit être la même partout pour la plupart des auditeurs.

Aujourd'hui, les services publics sont mis à mal de deux manières : par cantonnement (avec la réduction des dépenses publiques) et par banalisation. Notre invité entend par là que le service public est jugé à l'aune du secteur privé, ce qui le met de fait en danger en niant sa spécificité. Spécificité pourtant bien comprise des peuples européens qui y sont particulièrement attachés. La reconnaissance, en France, du droit au logement, par exemple, bien que peu suivie d'effets, est une démarche fondamentale.

Notre invité propose quatre axes à partir desquels repenser le service public. Tout d'abord, ce qu'il appelle le pilotage. Le temps est passé où l'Etat régentait la population. Aujourd'hui, il faut que les citoyens prennent eux-mêmes leurs services publics en main. Dire cela revient à poser la question de la « gouvernance » collective. Comment penser une démocratie plus participative, et une planification plus efficace ?

La question des opérateurs est importante. Une entreprise n'est pas bonne parce qu'elle est publique. S'il faut se méfier des capitalistes, il ne faut pas nécessairement se méfier des individus ou des entreprises privées ; mais au contraire trouver une articulation fructueuse entre privé et public.

Ensuite, quel doit être le service rendu ? Plusieurs pistes de travail sont à considérer : diversifier l'offre ; permettre l'accès aux droits qui sont ouverts (capabilisation de la demande) ; organiser le choix de manière à ce qu'il ne produise pas de l'inégalité.

Enfin, la gestion des services publics est à remettre en cause. Comme dans tous les secteurs de production, il est normal de chercher à améliorer l'efficacité du service rendu par la réduction des coûts entre autre.